Simple concordance de calendrier : l'univers noir et désabusé d'Olivier Marchal, le talent multicarte (auteur, réalisateur, acteur…) arrive en masse sur tous nos écrans. Au moment où Les Lyonnais, son dernier film en date en tant que réalisateur, s'apprête à sortir dans les salles de cinéma, ce sont deux séries télé dont il est le créateur qui voient leur seconde saison respective arriver à l'antenne, l'une sur une chaîne payante (Canal+), l'autre sur une chaîne gratuite (TF1).
Pourtant, s'il ne fait aucun doute que l'on retrouvera bien dans son long-métrage le style « western urbain » dont Olivier Marchal a fait sa patte, on aurait pu penser qu'il y aurait un fossé entre la seconde saison de Braquo (diffusée tous les lundis sur la chaîne cryptée) et la deuxième saison de Flics (qui se termine ce soir sur TF1). Surprise : les deux ne sont à louper sous aucun prétexte.
La première saison de Flics (diffusée il y a déjà trois ans sur TF1) ne comptait que quatre épisodes. Rebelote avec la saison 2. En fait, chaque saison se présente plutôt comme une mini-série, chacune racontant une seule histoire avec un début et une fin à chaque fois. Même si les premiers pas de Marchal sur la chaîne leader s'étaient soldés par son départ, au bout du compte il avait apprécié le résultat final… au point de laisser faire une saison 2 et, mieux encore, d'y interpréter un personnage crucial : celui du méchant !
Profitant des quelques années qui séparent les deux saisons (même si MyTF1 a eu l'intelligence de mettre gratuitement à la disposition des téléspectateurs la saison 1), la seconde saison redémarre à zéro : Yach (Frédéric Diefenthal) sort à peine de prison où il est resté deux années durant. Il n'est plus flic et a payé pour les autres, entre autres pour son collègue, « ami-ennemi », Constantine (Yann Sundberg). Il va être inexorablement entraîné dans le sillage d'un gangster, interprété magistralement — et non sans une touche d'humanité profonde (ne manquez pas la scène finale ce soir !) — par Marchal. Ni flic ni vraiment voyou, Yach déambule, tel un mort en sursis. Action, personnages, rebondissements… on ne s'ennuie pas dans cette saison, qui reste cependant assez carrée sur les grandes lignes. Ce n'est pas un mystère si je vous dis que Yach ne franchit jamais la ligne rouge…
En fait, c'est là la différence fondamentale avec Braquo saison 2. Elle aussi basée sur des personnages créés par Marchal, cette nouvelle saison est écrite par un autre scénariste (Abdel Raouf Dafri), avec la bénédiction de Marchal. La série reprend elle aussi là où la première saison s'était terminée. Les flics, carrément ripoux, ne sont plus des flics, mais, comme Yach, ils vont faire de la prison ou, au mieux, être mis au placard.
Comme on l'a déjà vu dans les premiers épisodes de cette saison 2, passés la semaine dernière, Caplan (Jean-Hugues Anglade) va s'infiltrer parmi une équipe d'anciens soldats froids et armés jusqu'aux dents, qui comptent bien se venger d'un groupe de diplomates et d'hommes d'affaire. À la tête de ces hommes, le Colonel Dantin est incarné par François Levantal (le flic borderline de la brillante série de France Télévisions Sur le Fil), même si, ici, il en fait initialement un peu trop. Reste que, tout comme dans Flics saison 2, il s'agit à nouveau d'une histoire d'infiltration et de jeux entre flics et voyous aux frontières extrêmement brouillées. Sauf que, dans Braquo saison 2, on imagine vraiment qu'Eddy Caplan puisse tomber dans le gouffre et, tel son équivalent Vic Mackey dans The Shield, puisse aller jusqu'à « fumer » un autre flic !
Le scénariste Abdel Raouf Dafri résume ainsi les défis qu'il a eu à surmonter avec cette saison 2 :
Je me suis dit que c'était l'univers de quelqu'un d'autre, avec sa part de défis et de plaisirs. Je me suis dit qu'il y avait moyen de faire quelque chose de grave, de lourd et en même temps de détendu. Il y avait aussi un peu l'idée de dynamiter cela, tout en respectant les choses. Mis à part les fans, je dois être le seul Français qui a dû se taper 45 fois la saison 1 pour comprendre tous les rouages et insérer son intrigue tout en respectant l'œuvre initiale. Car, moi, le côté flic qui chiale sur sa bière, j'en ai rien à foutre ! Si tu chiales sur ton métier, change de métier ! Je préfère les flics de James Ellroy et les romans de Joseph Wambaugh, qui sont les favoris de Marchal. C'est un peu comme la pyramide du Louvre de Mitterrand. On a dit : « C'est une hérésie ! » Et maintenant c'est une évidence. (rires)
Riche, spectaculaire, profonde en émotion et évitant de tomber dans des facilités d'écriture, Braquo saison 2 ose améliorer cette série dont la première saison était déjà une belle réussite critique et publique pour Canal+. Idem avec Flics saison 2 qui semble encore plus peaufinée que la mini-série de 2008. Les personnages de Braquo (Caplan, Théo, Walter et Roxane) n'ont pas été trahis, même si un personnage comme celui de Madame Arifa (Anne Mercier), sorte de Simone Signoret version mafieuse, leur vole considérablement la vedette.
Oui, il y a beaucoup plus de jurons dans Braquo que dans Flics (un peu trop d'ailleurs !), mais la série de TF1 ne verse pas non plus dans l'excès inverse. Oui, chaque épisode de Flics saison 2 se termine par une mort, un procédé un peu facile et surtout trop systématique. Mais on règle ses comptes aussi dans Braquo saison 2, surtout à la fin de l'épisode 4 !
Outre les personnages typiques de l'univers d'Olivier Marchal, tous désespérés, les deux séries représentent un bond en avant dans la fiction française : une chaîne comme TF1 tente de renouveler sans concessions ses fictions policières, et Canal+ profite de sa liberté pour imposer des personnages aussi forts que dans Engrenages et Mafiosa. Bien plus qu'une présence au scénario, Oliver Marchal a insufflé un nouveau souffle sur la fiction policière française. Presque par hasard. L'avenir ? C'est Abdel Raouf Dafri qui l'envisage : « Le rêve, ce serait que Marchal et moi, on se mette à une table et on se mange la gueule pour faire une saison 3 de Braquo ! ».
Alain Carrazé, directeur de 8 Art City
Crédit photo : © X.Lahache / Capa Drama / Canal+

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